Alexia (FR) : Cela fait un moment que je n'ai pas raconté ce qu'il se passe en Tunisie !

Cela fait un moment que je n’ai pas raconté ce qu’il se passe en Tunisie ! Mais les choses s’accélèrent et un sentiment de routine tunisienne s’insinue lentement, même si les aléas continuent de se multiplier !

Difficile de trouver le temps pour tout narrer, mais nécessaire pour laisser une trace écrite de tant de choses vécues si vite.

Depuis les dernières nouvelles, de nombreuses choses se sont passées.

L’atelier d’écriture et multimédia de Michèle Bayar, auteure française pour la jeunesse, s’est bien terminé. Les jeunes collégiens ont écris leurs scenarii et les jeunes réalisateurs les ont mis en images. La pratique des ombres chinoises était très enrichissante pour tous ces jeunes. D’un point de vue technique pour les jeunes cinéastes (positionnement de la caméra, décors, éclairage) et d’un point de vue créatif et imaginatif pour les collégiens.

La semaine qui a suivi s’est passée tranquillement, enfin avec du travail puisqu’en Tunisie le 11 novembre n’est pas férié ! Dans le pays c’était surtout la préparation de l’Aïd, célébration religieuse très fêtée. On pouvait voir les enfants promenant un mouton en bout de laisse sur les bords du périphérique, par exemple. Ou des places urbaines envahies par une masse considérable de stand de vente de moutons (vivants, évidemment).

L’Aïd, cette fête musulmane est plus qu’une fête religieuse. C’est un temps d’arrêt dans la vie quotidienne des tunisiens. Tout le monde se retrouve en famille, tout ferme, la vie s’arrête en même temps que la vie du mouton ! Cette fête commémore le sacrifice d’Abraham qui tua un mouton offert par Allah au moment où il allait égorger son fils. Cette fête, depuis des siècles, reproduit ce geste, moment d’effacement des pêchés et de la communion de la famille. On oublie les conflits, on se rassemble et passe du temps ensemble.

J’ai pu vivre cette fête dans une famille tunisienne. Je suis allée dans la ville de Beja, dans la famille de Fedia, ma tutrice. Nous étions rassemblés, ses parents, ses deux frères et sa sœur.

Le mouton est arrivé l’avant-veille, amené par une tante qui est agricultrice. Nous avons eu droit cette année à un mouton noir, ou plutôt « africain » ! Il a passé ses derniers moments sur le toit à communiquer par échos avec tous les autres moutons – eux aussi sur les toits – du quartier.

Quelle ambiance, une véritable joie de se retrouver autour de ce moment. Que ce soit dans la maison, dans le quartier ou dans la ville, tout le monde semble apaisé, hors du temps. Le mardi 16 au matin, après l’appel à la prière de l’Aïd, les préparatifs commencent. Le repas se passera sur le toit, sous un grand soleil. Puis vient le moment du père et de ses fils face au mouton. Tout se passe très vite, les rires et les sourires couvrent le dégoût que l’on pourrait ressentir en voyant le sang jaillir. La symbolique prend le pas sur le geste meutrier.

Enlever la peau, dégager les morceaux et les faire griller, partager le méchoui, il est 10h30. Le reste de la journée se déroule sous le même éclairage. Venue de la famille, sortie entre cousins, détente et repos. Préparation des autres morceaux du mouton. Car tout se mange et se prépare selon différentes recettes. La famille se retrouve dans la cuisine autour de la mère : tête, pattes, abats, estomac farci (plat appelé « Osban »), tout y passe. 4 jours de lutte acharnée entre la chair du mouton, mes mâchoires et mes intestins. Mais que c’est agréable de vivre ces moments traditionnels dans une famille unie. Le retour sur Tunis fut furtif (le vendredi 19) puisqu’un séminaire m’attendait dès le Samedi sur Sousse.

Séminaire de deux jours à Sousse. C’était une rencontre internationale autour de la question de la diffusion de la paix à travers les jeunes. Entre nous, quelque manque de professionnalisme dans l’organisation mais très intéressant car participation active des jeunes par des ateliers plastiques autour de la notion de paix. Il y avait des portugais, algériens, marocains, américains, roumains, tunisiens, français, espagnols. Ce séminaire était aussi l’occasion d’organiser un séjour dans le désert de trois jours avec les participants qui le désiraient. J’ai sauté sur l’occasion ! Et j’ai bien fait.

Nous étions un groupe de 18, tunisiens, portugais, roumains, français mélangés.

Au programme :

Lundi 22 Novembre : route vers Nefta (oasis au sud ouest du pays, lieu de l’hôtel). Très longue route, l’occasion de dormir, de faire connaissance avec les autres et de découvrir les paysages de ce pays.

16h30 : départ vers les dunes et le plat désert tunisien. Nous étions à la frontière algérienne où nous attendait un groupe de dromadaires pour aller voir le coucher de soleil. Première étape choisir un des animaux, deuxième étape monter sur sa bosse et passer l’épreuve du passage de la position couchée à la position debout (conseil : bien s’accrocher !), troisième étape se laisser faire dandiner par le pas lent du dromadaire, quatrième étape passer de la position debout à la position allongée (conseil : bien s’accrocher again !). Et là, le désert est à nous. Course effrénée pour monter en haut de la dune, roulades en pagaille dans le sable pour descendre la dune. Attente du coucher de soleil, rire et photos ! Retour en dromadaire dans la nuit, pleine lune au rendez-vous (cf. Les 4 étapes ci-dessus). Repas et soirée tranquille dans l’hôtel trois étoiles, belle chambre, piscine extérieure (mais malheureusement il ne fait pas les chaleurs étouffantes à cette période, il fait même plutôt froid la nuit).

Mardi 23 Novembre : départ vers l’oasis de Tozeur (ville à 20 km un peu plus grande). Visite de « Chak-Wak », un circuit muséographique en extérieur, au milieu des palmiers. C’est en fait un circuit avec des salles et des mises en scène de la création du monde, des dinosaures à la séparation des eaux par Moïse – oui, oui, j’ai marché dans la séparation des eaux en carton-pâte sur 20 mètres, très émouvant ! – en passant par l’homo sapiens, toutes les versions y sont ! Très drôle car avec mon petit regard français, ce parc a 20 ans chez nous au vu des mises en scènes, des mannequins … Mais tout de même très agréable avec un groupe en très grande forme. Puis direction « Eden Park », une palmeraie connue et reconnue (cf. Racines et des ailes ou Thalassa). Visite guidée, informations sur les palmiers, découverte de l’artisanat (meubles en palmes, récolte des dattes…) et surtout dégustation !!

L’après-midi fut plus sportive avec une sortie de 3 heures en 4X4. Attention les yeux et les sensations. Passage à Chébika, un oasis aux frontières de l’Atlas, puis arrêt sur la planète Tatouine de Star Wars (les décors bien sûr, au risque de décevoir les plus naïfs) et un autre coucher de soleil tout aussi magnifique. Alors que le premier était à dominante orange, celui ci choisit les teintes rosées. Soirée tunisienne sur Tozeur, musique traditionnelle, chant, danse et thé à la menthe. Tout y est.

Mercredi 24 Novembre : après une courte balade en calèche dans l’oasis de Nefta et après avoir goûté le sirop de dattes (je crois que c’est comme le mouton lors de l’Aïd, j’ai tout testé des dattes et de leurs produits dérivés) et avoir essayé de fumer la palme (étouffement compris), départ pour le retour mais par une autre route.

Passage par un lieu indescriptible : Chott El Jerid (Lac salé). Une étendue sans fin, mettant la confusion entre la fin de l’horizon et le début du ciel. Une vue infinie seulement empêchée d’un côté par l’Atlas qui se reflète majestueusement sur le sol hésitant entre l’eau et une fine couche de sel (on en tire de magnifiques fleurs de sel). Une impression d’infinité et de sérénité m’envahit. Quelques heures plus tard, arrêt à la ville de Matmata, lieu des maisons troglodytes. Visite de ces roches aménagées, petit biberon pour bébé dromadaire et nouveau désert sous nos yeux : un désert fait de valons pelés, ponctué de pneus abandonnés en bord de route (rien de très rassurant !).

Puis c’est le retour sur Sousse avant d’aller directement sur Hammamet où un autre séminaire m’attendait encore ! Ce séjour était tellement riche. Pas seulement en visions féériques mais aussi en rencontres humaines et en souvenirs.

Jeudi 25 novembre 2010 : Arrivée à l’hôtel Majesty Golf, sur Hammamet, pour le Forum d’Euromedinculture(s), un réseau culturel international.

Hôtel quatre étoiles, porteur de bagages jusque dans la chambre. Chambre immense avec pétales de rose sur le lit, balcon : bref, grand luxe auquel il ne faut pas s’habituer trop vite !

Ce forum est organisé par le ministère de la culture de Tunisie. Présence de personnalités politiques (plusieurs ministres, présidents d’ONG internationales…). Bref, trois jours politiques de débat autour de la coopération culturelle euro-méditerranéenne. Un vent d’Union pour la Méditerranée souffle sur la Tunisie ! Intéressant toutefois d’observer ce milieu et de faire de nouveaux contacts peut-être pour plus tard (cinéaste, musicien, peintre par exemple).

Le retour sur Tunis est sous le signe du travail. Après quelques doutes et questionnements au sujet de ce qu’est vraiment ma mission de Service volontaire européen, je n’ai pas le temps de m’appesantir dessus : envoi de la première Newsletter, création du site internet, création de plusieurs spectacles.

Voilà, mes tâches m’appellent. En espérant que vous arrivez à lutter contre le froid. Ici le temps est surprenant : le vent a amené du sud un ciel de couleur sable, plein de poussières, mais je dois avouer que la température ne descends pas au dessous de 18°C.

A bientôt pour la suite !