Alexia (FR) : Ces nouvelles semaines en Tunisie

Tout d’abord un festival urbain : « Dream City ». Le principe est d’investir la médina et ses lieux secrets pour y montrer des performances, des expositions et des spectacles de jeunes artistes contemporains. En 4 jours, avec 4 parcours de couleurs différentes, un bracelet suffit pour se balader librement et errer selon où nous mènent nos pas. La médina, lieu labyrinthique est envahit de bruits, de musiques, de discussions. Les jeunes tunisois sont nombreux. A un coin de rue un artiste dessinant, à tel autre un son de luth ou encore une immense balancelle dans un va et vient constant au gré des courants d’air entre les chemins étroits et entrecroisés.

Un ami poète, Slah, faisait une performance à la Maison de la poésie. Lieu magnifique, texte poétique, mise en scène et éclairage arrangés. Moment hors du temps. Ce festival fut aussi l’occasion de rencontrer Youssef Seddik. Quel homme ! Si grand dans ses écrits et dans ses pensées, tellement accessible autour d’un thé. Un homme, devenu aveugle, racontant en arabe le texte "L’aveuglement" de José Saramago. J’ai lu ce livre il y a quelques années. Il m’avait bouleversée. Je n’ai pas compris un seul mot dit par Youssef Seddik mais je me suis laissée bercée au rythme des sons et de ses intonations.

Si les diverses performances me laissent souvent perplexes, quel beau prétexte pour flâner dans la médina et découvrir des lieux cachés, se perdre et se faire aider à retrouver la route au détour d’un virage cabossé par les pavés irréguliers.

Dimanche fut dédié à Sidi bou Saïd. Quartier rendu célèbre en France grâce à Patrick Bruel. Oui oui, le " Café des Délices " existe vraiment et il offre une vue magnifique sur la baie de Tunis. Entre la pluie et le soleil la luminosité était remarquable, les couleurs resplendissantes. Moment de silence et de contemplation. Ce quartier est « presque » trop beau, trop parfait mais le tour fut agréable.

Puis lundi j’ai été invitée à l’avant première de quatre courts métrages de jeunes réalisateurs tunisiens financés par une nouvelle société de production. La salle était remplie de jeunes. Qui a dit que la Tunisie était un pays éteint culturellement ? Les jeunes artistes sont là, se soutenant, tous tendus vers un renouveau du discours artistique et vers une croissance de la liberté d’expression. Les moyens manquent mais l’entraide marche.

Mercredi est venu Ramon, un espagnol faisant lui aussi le même service européen volontaire que moi. Il est basé à Sousse, il avait un avion à prendre direction Turquie pour y suivre un colloque. Il m’a rejoint en ville et je lui ai montré le centre ville et la médina. On a parlé du début de nos expériences respectives et je me suis rendue compte de la chance que j’avais d’être tombée là où j’étais ! Son volontariat a l’air nettement moins intéressant  que ce que je fais ici. Il a pour projet d’essayer de trouver une nouvelle association sur Tunis. C’était très sympa. Puis Donia et son mari nous ont invité à passer la soirée chez eux et à dormir parce que Ramon devait se lever à 5h du matin pour aller prendre son avion et il valait mieux rester dans le centre. Alors on a fait un petit repas : Achraf (mari de Donia), Donia, Fahem, Ramon, Yann (un collègue d’Achraf français venu passer quelques jours à Tunis). On a mangé sur des tapis, des coussins, une très bonne soirée. Très drôle aussi, ce que l’on peut appeler une soirée multilingue : Arabe, français, espagnol et anglais, toutes ces langues étaient parlées en même temps, essayer de tous se comprendre !

Jeudi, venue à l’espace Aykart d’un groupe de sociologues universitaires français (de Toulouse), marocains et tunisiens. Discussion autour d’un thé. Présentation des missions de l’espace dans une optique sociologique (lieu de rencontre artistique qui permet d’ouvrir les champs sociaux restreints car formés automatiquement par les classes sociales préétablis dans la conscience collective), promotion du service volontaire européen (hehe).

Samedi : ouverture des JCC les Journées-Cinématographiques de Carthage-  festival de cinéma international se tenant à Tunis. J’ai mes entrées gratuites alors faut en profiter !

Dimanche : visionnage du film " Hors-la-loi " + rencontre et discussion avec le réalisateur, Rachid Bouchareb et le producteur Tarak Ben Amar. Deux hommes différents mais intéressant d’avoir leur vision sur ce film qui a tant fait polémique en France.

Lundi arrivée de Sonia pour une semaine. On ne perd pas le rythme, diffusion du film " Miral " au théâtre municipal avec en personne, Hiam Abbas et Julian Schnabel !! Oui, oui, en personne. Une arrivée sur scène fracassante en survêtement violet, le lacet défait. Bon film sur le conflit israélo-palestinien.

Mercredi départ pour Hammamet avec tourisme en première partie de journée et séminaire en soirée. Hôtel 5 étoiles, grands représentants tunisiens, conférence sur l’islam et l’Europe, dîner puis retour sur Tunis.

Jeudi et vendredi sur Sousse avec Ramon (EVS espagnol) et Justine (EVS française), visites, rencontres de nouvelles personnes, soirée, beau programme.

Puis samedi visite de Monastir, ville où se situe le mausolée de Bourguiba, premier président de la Tunisie qui avait acquis l’indépendance du pays en 1956. Une fois de plus nouvelles rencontres et très bonne journée.

Dimanche direction les banlieues Nord pour faire découvrir à Sonia les magnifiques coins de Tunis et notamment le quartier de Sidi bou Saïd, tout en bleu et blanc.

Lundi reprise du travail avec l’arrivée de Michèle Bayar, une auteure française pour la jeunesse avec laquelle on a organisé un atelier d’écriture et de cinéma.

Grosse semaine autour de la planification de cet atelier, gérer à la fois les collégiens qui écrivent les scénarios et les jeunes réalisateurs qui vont monter le court métrage qu’ils montreront en Janvier lors d’un festival du film en Languedoc-Roussillon. Arrivée aussi d’un marocain, agent sportif pour joueurs de football et membre fondateur d’une association pour les jeunes au Maroc. Très intéressant de rencontrer un autre maghrébin et de voir sa vision du monde associatif, ses avancées, ses projets.

Mercredi retour sur Sousse en soirée pour un colloque que nous avons organisé avec l’association des jeunes des Nations Unies. Nouveaux contacts professionnels, nouveaux rendez-vous fixés et repas d’affaires qui n’en finissent plus !

Voilà le programme de ces jours passés, plus ou moins détaillé.

Tout se passe toujours bien même si les aléas et les difficultés dans les relations humaines se découvrent peu à peu !

Le quotidien commence à s’installer, le temps continue de manquer. Les projets s’accumulent, et parfois se juxtaposent, mais c’est toute cette intensité qui est bonne à vivre.

La vie culturelle existe mais qu’il est important de donner de soi pour la faire avancer un peu plus !

En espérant que tout se passe bien pour vous aussi.

Bises en attendant d’autres nouvelles !