Florence : découvertes bulgares

Samedi atterrissage à Sofia, nuit, froid, noir. Le lendemain je quitte Sofia et les reliefs pointent. La ville est entourée de collines encore verdoyantes. Les routes pavées font chanter les pneus du bus, le soleil qui cogne sur la fenêtre réchauffe l'atmosphère. Prête pour le voyage de trois heures qui me mènera jusqu'à Razlog. Aux abords de la ville je découvre son autre visage. Maisons à l'allure abandonnée, faites de bric et de broc et hauts immeubles à la façade décrépite, d'où pendent de nombreux câbles qui n'alimentent plus rien. Les assemblées qui entourent les points d'eau publics, bidons de plastique à la main. 

Hors de la ville, le bus roule dans la plaine et c'est un défilé de monts, plus hauts les uns les autres, au loin. Nous faisons une pause à une station de train, l'air pique le nez. La dame pipi n'a pas l'air commode et les toilettes à la turque me rappellent que cette région n'a été libérée du joug ottoman seulement depuis un siècle. Tout a l'air figé depuis si longtemps. Les baraques où sont vendus café chaud et friandises menacent de s'écrouler. Le quai de la gare est digne d'un film en noir et blanc. Il y a une ambiance post seconde guerre mondiale terrible. La présence de panneaux, uniquement en cyrillique, contribuent au dépaysement.

Heureusement les pin-up maquillées de bleu aux yeux et de rouge aux lèvres, les grosses cylindrées et la techno tapageuse crachée par les postes de radio me raccrochent à notre époque capitalistiquement mondiale.

Le bus repart, le soleil décline et c'est la montagne qui apparait, tout près. La couleur rousse des chênes détonne avec le vert puissant des pins et sapins. Caducs versus persistants ! Comme des vagues sur les flancs des montagnes, les couleurs ne se mélangent pas et se rencontrent à leurs strictes limites. Les arbres sont-ils grégaires ? On dirait que les feuilles lévitent. Ceux qui n'ont pas encore perdu l'entièreté de leur parure, suspendent au bout de leurs frêles branches noires la fine dentelle des dernières feuilles. 

"Razlog 35km". La route se tord, au long les maisons épargnées par la fée électricité, les murs de briques rouges, de bois et de tôle récupérée, les granges débordent de foin. On ne voit pas les animaux. Ni les hommes. Il y a la rivière, dont les abords sont tapissés de milliers de feuilles mortes, parfois de sacs plastiques multicolores. Un couple de paysans laboure leur terre avec une charrue araire attelée au cheval, (mot d'origine provençal, du latin aratrum, il s'agit d'un outil utilisé par nos ancêtres français jusqu'à la fin du XIXème siècle pour aérer le sol et y creuser des sillons pour le semis). Là, c'est l'apogée de mon voyage dans le temps. 

razlog2Arrivée à Razlog. Les chevaux sont en liberté et restent gentiment dans leurs champs aux limites imaginables. 

La ville est entourée des montagnes. Le soir ça sent bon le feu de bois. Les cheminées crachent et les rues sont enfumées, ici tout le monde se chauffe au bois. Y'a qu'à voir les talus de bûches dans les jardins, précieusement abrités, la neige s'annonce. Je me rappelle la Haute-Savoie. 

A ma maison : il s'agit d'une indépendance dans une grande maison où vivent grand pa, maman et fiston. 

La salle de bain, ce sont le lavabo, les toilettes et la douche dans trois mètres carrés ! Je peux me regarder dans la glace pendant que je me lave sur le trône ! Heureusement, la pression de l'eau au pommeau de douche est puissante.

Ellie, la maman, me parle bulgare comme si je le comprenais. La meilleur des façons d'apprendre. On se marre, en guise de ponctuation à la fin de chaque phrase. Parce qu'en Bulgarie le non quand on dodeline de la tête de gauche à droite ça veut dire oui, Da ! Et vice - versa. Ellie me fait goûter sa cuisine, si bonne et si grasse ! Un délice ! 

Au boulot : Je travaille actuellement sur la scénographie et les documents de communication d'une exposition de photographies qui aura lieu dans... une semaine ! Et bien laissez-moi vous dire que les documents de communication quand on ne sait pas écrire le cyrillique ni parler bulgare c'est sacrément drôle ! Mes collègues m'aident beaucoup ! Ils sont chouettes et nous rigolons, Magdalena, Kostadinka et Stefan. Le midi nous mangeons au bureau ce que chacun de nous a cuisiné de son coté et nous partageons. Cela agrémenté d'achats à l'épicerie du coin (saucisson, fromage et olives !) et bien évidemment d'un verre de vin "home made". Ici tout le monde fabrique son vin maison. 

Le soir, je quitte le travail emmitouflée dans un manteau de fumée qui sent bon le bois, vers 19 heures, les rues sont noires, peu de lumière, pas un chat aux abords de la rivière qui longe la route.

La ville : Le lundi c'est jour de marché. Il ressemble au marché de la plaine quant à l'achalandage, mais est de taille bien moindre. Tout au long de la rue sinueuse, parmi la nourriture, les vêtements et les outils en tous genres se trouvent antiquités (fer à repasser à passer au feu, baratte à beurre, cloches et accordéon d'un autre temps) et produits de la montagne (plantes, miels et vins faits maison).  

Les chats des rues (et les autres) sont très affectueux, ils sont tous tout gris rayés, comme nos kodka de gouttière. Ils adorent se frotter aux jambes et ne refusent jamais une caresse.

Et puis la ville est bien calme, il n'y a pas de lieux, ni d'activités culturelles à faire. Je crains les jours à venir... Je pense trouver rapidement un professeur d'accordéon et un professeur de langue.

Ah et heu comment dire, j'ai oublié d'acheter des yaourts bulgares aux courses hier, alors je vous en parlerai plus tard. On m'a promis des yaourts home made !  

Ici tout va, la ralentie (comme dirait Michaux), je prends le temps de tout. Espérons que ce ne soit pas le temps qui me prenne !

Ah oui, les filles, les Bulgares sont bien beaux ! Enfin, bien mieux à Sofia que dans mon village... Ils ressemblent à nos hommes méditerranéens, chevelure brune et yeux profonds, visage fin, laiteux et osseux. Ils sont plutôt élancés et assez minces.  

Messieurs, les demoiselles bulgares sont splendides, tout pareil que les hommes version féminine, avec des "e" à la fin et des "elles" au début.