Inès : j'ai participé activement à la vie du théâtre Al-Harah...

Après de longues études en France, je ne m'attendais pas à une évolution personnelle aussi intense et subite avec ce projet SVE. Sur le modèle de l'expérience ERASMUS, il me fallait prendre l'air et mettre en pratique mes acquis dans un contexte hors du commun. Quelques mois à Beit Jala ont suffi à me révéler totalement. Cela m'a permis de répondre de manière efficace au questionnement sur mon orientation professionnelle. Et cela a été solidement formateur dans mon développement personnel.

J'ai participé activement à la vie du théâtre Al-Harah: participation aux performances de la troupe, réalisation d'accessoires, entretien des marionnettes géantes, maquillage d'enfants, atelier de loisirs créatifs, production d'éléments décoratifs en matière recyclée et création d'un site internet. J'ai découvert avec plaisir les différents corps de métier qu’englobe le bon fonctionnement d'une structure culturelle. Dans mon domaine, j'ai suivi de près la scénographe locale qui a généreusement partagé avec moi les ficelles du métier.  J'ai aussi appris que les contacts professionnels se font davantage dans la rue que sur la toile. Maintenant, je ferais davantage attention aux effets positifs des réseaux sociaux « non virtuels » dans mon métier.

L'organisme d'accueil m'a toujours confié des tâches adaptées à mes compétences et mes envies. Le théâtre a été souple sur l'organisation de mon emploi du temps dans le but de favoriser mon épanouissement sur place. J'ai pu ainsi travailler dans d'agréables conditions, faire du tourisme et me consacrer dans le même temps à mes projets personnels (cinéma, exposition).

De plus, le cadre exceptionnel de cette région m'a permis de faire de nombreuses rencontres amicales et professionnelles et a été d'une grande source d'inspiration. J'ai profité de cet élan créatif pour produire ma première exposition, intitulée « Sensitive pollution », à Beit Sahour. Toujours dans la continuité de mes projets de recyclage développés sur place, j'ai fait découvrir aux locaux et touristes la beauté de la Palestine à travers le déchet. Les visiteurs ont pu donc apprécier les peintures sur carton et les objets-sculptures en papier mâché à mon plus grand plaisir. C'était pour certains leur première découverte de l'Art.

Malgré les difficultés rencontrées, j'ai apprécié au maximum mon temps sur place, ne sachant pas si je pouvais donner suite à mission en vue de la situation politique souvent instable. Et je me suis ainsi rapidement immergée dans la vie locale ; j'étais du coin. Je voulais manger, boire, cuisiner, parler et danser comme les Palestiniens. Je voulais vivre et me nourrir pleinement de ce moment éphémère. Ce fût précieux, grave et envoûtant tout à la fois.

J'ai gagné en confiance et en sérénité. Cette expérience SVE en solitaire à la rencontre d'une autre culture a été pour moi des plus bénéfiques. Je convoite déjà l'idée de retenter l'expérience régulièrement afin d'alimenter mes besoins créatifs. Le regard artistique que je porte sur la différence m'inspire profondément. Cela fera désormais parti de mon travail d'artiste. L'exposition que j'ai réalisée sur place à la fin de ma mission est l'achèvement réussie de cette aventure et le commencement radieux de ma vie professionnelle.

Bons ou mauvais, je suis satisfaite de la tournure des événements. En comparaison de l'idée que je me faisais de cette mission, le résultat est sans conteste au-delà de mes attentes. Je recommande vivement l'expérience SVE. Elle favorise le dépassement de soi et ouvre à de nouveaux horizons. Cela permet de forger sa personnalité et de prendre le temps nécessaire à la réflexion d'une vie épanoui de jeune actif.