Léonard (FR) : une expérience théâtrale mais une expérience «créative» avant tout

Avant de partir en SVE, j'avais déjà vécu plusieurs expériences «interculturelles» à l'étranger et, en un certain sens, je n'étais pas vraiment inquiet sur les questions d'adaptation dans le nouveau pays ou le simple fait de trouver mes repères. De plus, j'étais déjà allé en Bulgarie et j'avais été très vite attiré par ce «Balkan way of life».
 
Lorsque mon projet a été validé, je me réjouissais à l'idée d'avoir l'opportunité de pouvoir suivre, pendant neuf mois, le rythme de travail d'un groupe de théâtre aux activités aussi diverses que celles du collectif « Fire Theatre ».
 
En effet, en plus de travailler sur des performances non verbales, la compagnie a le statut de Fondation et est ainsi impliquée sur des projets de coopération artistique internationale. Je n'avais pas vraiment réfléchi à quoi pouvait ressembler le quotidien d'un telle structure dans un pays comme la Bulgarie. En France, le milieu du théâtre, et plus largement des Arts, a ses propres codes et malheureusement dans certains milieux ils se suffisent à eux-mêmes.
 
En Bulgarie, se dire « Artiste » représente une prise de risque bien différente de celle à laquelle nous sommes habitués en France. Outre les difficultés purement matérielles et les difficultés relatives au manque de financement, en Bulgarie, la créativité artistique se mêle allégrement à la créativité logistique. Rien n'étant vraiment ouvert ou bien complètement fermé, il faut toujours être au qui vive des opportunités et ouvertures qui peuvent s'annoncer à tout moment. Donc concrètement du jour au lendemain, le collectif peut être amené à créer un «spectacle» pour une nouvelle occasion. Dans ce contexte, la créativité est toujours en alerte et de ce perpétuel mouvement parfois indéfinissable, on réfléchit sans cesse sur soi et comment dépasser ses limites et ses envies.
 
Mais le SVE c'est aussi apprendre à travailler en groupe – dans mon cas partager le quotidien de quatre autres artistes venues de Hongrie, Roumanie, Slovénie et Irlande du Nord. Quatre filles, quatre disciplines entre marionnettes, costumes, danse et jonglerie. Ici, on aime à dire que l'on «cross the borders» des pays, mais aussi des disciplines artistiques et parce que l'on habite, travaille et fait la fête ensemble, on devient aussi un peu marionnettiste, costumier ou jongleur soi-même.
 
Peut-être la plus grosse chance que j'ai eue pendant mon SVE est de découvrir l'art de la pantomime avec cette diversité d'artistes qui m'entoure. Je ne connaissais pas vraiment cet art pourtant orgueilleusement très franchouillard et comme il appelle principalement à éduquer son œil pour reproduire des mouvements précis, le travailler en Bulgarie prend une saveur très différente. Je me pose dans un parc et j'apprécie ses scènes de rue qui me rappellent parfois même Marseille et sa convivialité mais dans un contexte et une esthétique post communiste...troublant!
 
Et puis, cette année à côté de l'apprentissage de techniques de théâtre carnaval, le fait de participer à de nombreux spectacles pour enfants m'a fait découvrir des nouvelles modalités d'expression. Le plus intéressant est qu'en travaillant sur le folklore bulgare, ses mythes, ses danses et sa costumographie et, en le présentant aux enfants bulgares, on devient soi-même ambassadeur des us et coutumes de son pays d'accueil et on offre ce modeste apprentissage aux enfants. C'est peut être pour ce type de missions que le SVE a été fabriqué?
 
Cependant, ce n'est pas tous les jours faciles, car en SVE il faut faire ses preuves dans les frontières qu'apportent le volontariat même – ne pas se froisser à des disciplines créées par de précédentes expériences de volontaires ou se sentir rabaissé à des tâches qui ne sont pas toujours intéressantes. Parfois, le théâtre comme pratique me manque aussi mais ici l'apprentissage est ailleurs et l'expérience humaine trouve sa force dans le fait que le projet est ce que veut en faire son volontaire. J'ai toujours trouvé que mes plus grands moments de liberté je les ai trouvés dans des contextes où les possibilités sont davantage réduites, car là encore la créativité est plus forte ou plus concentrée. Donc cette année, j'ai aussi pu développer des capacités (skills a une meilleure traduction en anglais) pour travailler à la communication dela Fondationplus précisément avec les medias. Cet exercice est difficile surtout quand on a un niveau très basique dans la langue, mais fortement « adrenalinesque » et presque théâtral. Aller parler à la radio, aller interviewer des directeurs de maternelle pour vérifier l'impact des spectacles sur les enfants ou créer une base de données de tous les programmes de télévision sans avoir jamais vu la télé bulgare sont des propositions un peu farfelues qui permettent aussi de s'essayer à des tâches avec le filet confortable des principes de l'éducation non formelle.
 
Enfin, le SVE, comme toute expérience à l'étranger, ce sont aussi des belles rencontres avec des belles personnes, des gens que l'on aimerait mettre dans ses bagages au retour dans l'hexagone, histoire de colorer le quotidien parfois terne de la vie au pays «d'origine». Dans mon cas, toutes ces nouvelles couleurs seront couchées sur le papier dans un texte théâtral et, j'espère, peut-être, les impulser sur scène afin que cette créativité se disperse et pourquoi pas retrouver de nouveau les terres balkaniques.