Nezli (FR) : Marhaba, sabah el kheir, bonjour, hi…

Marhaba, sabah el kheir, bonjour, hi …
 
Toutes ces formes de salutations sont courantes ! Alors autant vous dire qu’ici, à Beyrouth, le mélange est de mise à tous les niveaux. Les libanais manient plus ou moins aisément les trois langues : arabe, français et anglais. Il est donc très facile de rentrer en contact avec eux en même temps que cela pose des problèmes pour apprendre leur langue …je parle aux moins studieux comme moi !
 
Je suis volontaire pour l’association Khayal en tant que comédienne. Cette structure est un théâtre de marionnette principalement, mais elle est porteuse de très nombreux projets de spectacles souvent inscrits dans des processus d’échange avec d’autres pays.
 
Je suis ici pour 12 mois et je suis censée intégrer différents postes tels que intervenante théâtre  pour une classe de CE2 au lycée Abdel Kader ; mais aussi un spectacle en français pour tourner dans différentes écoles francophones, et bien sur mettre un peu mon nez dans tout ce qui est de l’ordre de la construction dans l’atelier … Car il y a aussi tout le processus de fabrication des décors et des marionnettes … !
 
Je n’habite pas très loin du théâtre et je peux donc venir à pied en 15 bonnes minutes …et cela surprend. Oui, ici tout se fait en voiture. Les gens marchent très peu, ce qui m’a vraiment beaucoup étonnée en arrivant. Entre les « vannes » sorte de mini bus, les bus et les taxis (qui sont divisés en deux catégories :« taxi » ou vous êtes seuls et les « services » ou vous pouvez être jusqu’à 4 passagers différents) la ville est assez bien desservie. Lors de mes premières sorties dans la ville j’étais étouffée par ce foisonnement de transports: des voitures partout (beaucoup de 4/4), une symphonie de klaxons d’une variété déroutante, les voix des chauffeurs de taxi (qui me rappellent « Tom Waits ») qui insistent lourdement pour que tu montes. Et le paradoxe lorsque tu voudrais en prendre un et qu’il te lance un regard dédaigneux si ta destination n’est pas la sienne …
 
Beyrouth …comment te dire dans toute ton ambiguë splendeur ?
 
Comment parler de la dentelle de tes immeubles ? Ou plutôt comment parler justement de ce que cela représente ?
 
C’est l’une de mes difficultés lorsque je m’attelle à cette tâche « d'écrire Beyrouth ».
 
La ville est en « friche ». Elle est comme une vieille femme sur qui le temps et la laideur des Hommes sont passés. Mais on ne sait pourquoi, elle garde une malice, une joie parfois tonitruante et surprenante mais toujours généreuse. Elle est bavarde, entêtée, édentée,ses mains sont calleuses mais entre elles nous sommes toujours bien accueillis. Souvent les rides de ses sourires cachent quelques larmes. De joie ou de peine, ou les deux s’entremêlant.
 
Comment dire le froncement de sourcil les premières fois ou les yeux découvrent les coups de la guerre : traces d’impacts, tentative de masquer les trous maladroitement, tours d’immeuble sans âme poussant comme des champignons entre les bâtisses anciennes et si charmantes ? Comment dire l’absurdité de ces constructions qui viennent enlaidir la ville, comme une chirurgie esthétique ratée ?
 
Mais le plus dur : comment vous faire partager la poésie de cette ville?
 
Je viens d’un pays où nous avons des règles pour tout et beaucoup pour conserver la beauté du patrimoine. Tant de règles qu’à un certain moment on rêverait de plus d’anarchie …
 
Comment cesser aussi de comparer, comment regarder tel un nouveau-né ce nouveau monde ?
 
Il me reste encore plusieurs mois pour découvrir et comprendre vraiment ce pays. Ils passeront tour à tour lentement et rapidement, j’en suis certaine.
 
Ainsi, je pose légèrement ces premières impressions en espérant qu’elles soient justes, et reviendrais de temps à autre pour vous faire part de l’évolution de ma découverte…
 
Je vous laisse donc avec plus d’interrogations que de détails de la vie, de la ville, et espère que cela vous apportera tout de même quelques éléments pour la rêver …
 
Nezli