Nina : Moments Bulgaresques

Ça fait quelques semaines que je suis arrivée à Razlog. Chaque matin j'ouvre mes rideaux et le soleil entre violement dans ma petite chambre. Je regarde le minuscule jardin, parfois je vois des chats sauvages, et parfois le grand-père du dessus qui revient des courses et qui marche au ralentit. Il me sourit, mais il a qu'une seule dent et elle est noire, alors je souris aussi. Pour l'instant je loue un petit studio dans le jardin d'une famille bulgare. Ils sont adorables, le fils parle anglais donc on peut communiquer, mais quand je parle seulement avec  Elie, la mère, ce ne sont que mimiques et gesticulations sans fin et qui se terminent par un câlin perplexe.

Le centre de Razlog, est une vaste place, qui, à mon grand étonnement, est remplie chaque jour par beaucoup de ses habitants, surtout des hommes, ils restent là, debout, et parlent. Au début, je croyais qu'il y avait un évènement spécial, mais apparemment c'est  pour le beau temps, car normalement il fait - 15 °C à cette époque et il y a de la neige jusqu’aux genoux...

Avec les collègues du boulot, on est allés quelques fois au resto, dans des Mehana, des genres de tavernes, avec un feu de cheminée, et des grandes tables en bois. La nourriture est vraiment délicieuse, et pas chère du tout. Les plats typiques sont souvent à base de choux, de yaourts, d'aubergines, ... Ils font aussi pas mal de Kefta (boulettes de viandes), Banista (comme une pate feuilleté garnie salée ou sucrée), puis des soupes en tous genres, dont le Tarator, la soupe froide au yaourt et concombre. Ah! Ils sont aussi très fiers de leurs eaux de vie artisanale, d'abricots, de raisins, ou de prunes: le Rakya. Ils le boivent avant de manger avec des entrées froides, ou alors comme apéro, chaud avec du miel.

Au marché, sur des étalages très informels, on trouve des confitures de framboises dans des pots d'olives, du lait frais dans des bouteilles de Fanta, des choux verts à foison, du gras de cochon dans des sacs en plastique... puis des câbles en tous genres, vieux outils, pelotes de laine, yaourts variés, lapins apeurés, miel de montagne...

Concernant la langue, je plane dans un monde dyslexique ou les "m" se prononcent "t" , les "n" sont en fait des "p", les oranges ressemblent à des clémentines et les clémentines aux oranges, et le hochement de tête pour “oui” et “non” est inversé ! Autant dire que pour la communication mon cerveau est au ralenti et donc même sourire béatement en faisant "oui" de la tête comme d'habitude ça ne marche plus.

Il faut aussi que je vous raconte l'épisode du cochon que ma famille d'accueil élève! Ils m'ont dit : Vendredi on tue le cochon! Alors comme prévu à 7h, devant ma fenêtre je voyais un poêle énorme ou de l'eau, dans une grande bassine en métal était en train de bouillir et les hommes qui préparait la table et les outils. Puis j'ai vu un autre homme arriver, entendu un coup de feu et ce dernier est reparti aussitôt. Je n’ai pas eu envie de sortir tout de suite, car j'avais entraperçu tout le sang du futur Tocino qui coulait dans la cour, et dès le matin je me suis sentie âme sensible. ^^ Elie est venue dans ma cuisine pour préparer le "grena Rakya" le Rakya chaud : on fait un caramel puis on ajoute le Rakya ! Pour les hommes, mais aussi pour Elie et Nina! Ça décape si tôt. Le soir on a continué, cette fois avec des plats typiques bulgares et à base du porc assassiné. Ça valait le coup!  Il parait que quand c'est la saison du "sacrifice" de la bête, le sang coule dans les caniveaux pendant quelques jours, ça doit être un drôle de spectacle.

J'ai aussi enfin pu écouter de la musique en live! Pour la fête de départ d'un type du village, des tziganes ont été invités et les 3 musiciens ont fait danser tout le monde. Avec seulement 2 Zurnas (flûte traditionnelle qui pour mon oreille a un son similaire à la bombarde bretonne) et un tambour, et beaucoup de rakya l'ambiance s'est enflammée et tout le monde à commencer à danser et à mettre des billets roulés dans les petits trous de la Zurna.

Un autre soir, tranquillement au resto avec les gens du boulot et les musiciens locaux, sous la table se passaient des échanges au noir assez drôle : d'abord le chocolat, puis le rakya, puis les pommes du jardin, et enfin de sous la nappe est sortie la clarinette, l'accordéon, les tambourins... Ouah! et tout d'un coup assis, comme si de rien n'était ils se sont tous mis à jouer de la musique et chanter!

Quant au climat, il fait super beau! J'ai quand même connu l'hiver pendant une semaine où la neige est tombée une nuit, et le matin il y avait 50 cm de neige! La ville a pris un nouveau charme, le grisou était bien camouflé, mais au jour suivant le soleil à fait fondre mon rêve de ski. Par contre dans la montagne les ballades sont devenues celles des contes de fées, ou des tableaux de Gaspard Friedrich : Des grands arbres bicolores noirs et blanc, le soleil rose et les traces d'animaux sur la neige. En partant de Razlog à pied, c'est facile de sortir de la ville et d'accéder à des belles randos sur des collines qui surplombent la ville. D'en haut on se rend compte, que le village est comme une cuvette au milieu des montagnes aux sommets blancs, dont la montagne Pirin, avec l'un des plus hauts sommets des balkans. On voit aussi la fumée des foyers qui plane au-dessus de la ville, d'où cette bonne odeur réconfortante de feu de cheminée dans le village.