Pauline : Fondation Interarts, Barcelone

Témoigner sur son expérience professionnelle et personnelle dans une ville comme Barcelone, peut au premier abord, paraitre un peu cliché. Je vous entends déjà vous  demander : « alors c’était comme dans l’auberge espagnole ? », « T’as surement passé tous tes après-midi à la plage », ou encore : « et la question de l’indépendance de la Catalogne, t’en penses quoi toi ? », « C’est vrai que les Catalans refusent de parler Espagnol? » et pour les plus sceptiques : « mouais, j’y crois pas trop à l’argument du stage professionnel, ça a dû être la fiesta tous les soirs».

Barcelone est effectivement une  ville réputée pour :
1- Sa douceur de vivre méditerranéenne
2- Ses fêtes populaires et ses bars peu chers
3- Sa gastronomie aux origines multiples
4- Ses artistes modernistes 
5- Ses arts de rues 
6-Sa revendication identitaire et culturelle Catalane
7-Son ambiance jeune et métissée, liée en grande partie au tourisme de masse et aux échanges universitaires

Comme tout le monde, j’étais déjà allée en vacances à Barcelone, une journée, voire une semaine. C’était il y a dix ans, voir quinze. Revenir dans cette ville pour un projet tant personnel que professionnel fut une expérience, au départ un peu déstabilisante, pendant enrichissante et au final séduisante.

Déstabilisante :

Entre ces clichés si fortement ancrés en nous et la réalité, il y peut y avoir un fossé. La ville a beaucoup changé ces dix dernières années, elle a été lissé, nettoyée, ordonnée. Les touristes ont afflué et il est parfois fatiguant de les croiser bourrés dans le quartier des Ramblas. Autour de la Plaza real, on entend presque plus parler français que Catalan. En plein mois de février, il n’y a que les anglais pour se balader en tongues, lorsque le temps (clément) n’est tout de même que de 15 degrés.

Par ailleurs, j’avais appris l’espagnol en Amérique latine (Venezuela), et bien que le castillan soit la base linguistique aussi bien en l’Espagne que dans ses ex-colonies, les constructions de phrases, les temps verbaux et les expressions courantes sont définitivement différentes. Il a donc fallut réadapter mon vocabulaire, mon accent, jusqu’à mon mode de pensée en castillan.

Enrichissante :
J’ai intégré une première collocation deux jours avant de débuter mon stage au sein de la fondation Interarts. Puis au bout d’un mois, j’ai dû changer d’appartement pour une nouvelle collocation. Ces deux expériences se sont révélées constructives puisque je n’ai vécu qu’avec des espagnols / latino ce qui m’a permis de pratiquer et d’améliorer ma connaissance de la langue. Grâce aux amis de mes amis, et à mes collègues, j’ai pu apprendre quelques mots de Catalan, et je dois dire qu’on m’a toujours très bien accueillie.
Ces deux expériences personnelles m’ont permises d’étendre mon réseau social car nous savons tous qu’en cas d’expatriation, les deux principales sources de rencontres sont : les colocataires et les collègues.
Au niveau professionnel, j’ai vécu l’expérience que je souhaitais vivre dans le secteur qui m’intéressait : la coopération culturelle internationale, secteur où je n’arrivais pas à m’insérer en France ni même à l’étranger à cause de ce fameux «  manque d’expérience ».  L’environnement professionnel était résolument européen, avec mes collègues d’origine Espagnole, Italienne, Estonienne et bien entendu Française. Les projets menés par la fondation en Afrique, Amérique latine et en Europe m’ont donnés un aperçu de ce qu’il était possible de réaliser avec beaucoup de passion et de créativité, mais avec aussi de la méthodologie et de la rigueur.

 

Séduisante :
Quant à la construction de mon identité européenne, motif décisif dans le choix du programme mobilité Leonardo da Vinci en Espagne, je peux dire que définitivement et encore plus en ces temps de crise, je me sens avant tout Européenne.
Le secteur de la culture est bien un secteur vulnérable, encore plus en temps de récession. Les difficultés professionnelles auxquelles j’étais confrontée en France, sont aussi bien présentes en Espagne. Les manifestations quotidiennes traduisant la grogne populaire des citoyens désabusés et endettées, des personnes expulsées, des étudiants, ou des retraités sont autant d’évènements qui m’ont fait prendre conscience de notre histoire commune européenne, construite au fil d’évènements partagés  souvent douloureux. Il faut aussi reconnaitre que derrière le masque de la belle et festive Barcelone, se trouve une ville à la personnalité  fragile et faillible. Mais pour vous rendre compte de cela, il faut pouvoir y vivre, et prendre le temps d’observer, écouter mais surtout rencontrer.

Je tiens à remercier chaleureusement l'ADCEI pour son travail, son engagement et son sérieux dans ce qui a trait à la mobilité des jeunes européens. Je souhaite remercier en particulier ma tutrice Giulia Profeta, pour cette opportunité qui m'a été offerte et qui je suis sûre aura un impact dans mes choix professionnels futurs.

Pour conclure, je dois dire que contrairement à tous ces clichés si souvent véhiculés, ce n’est pas la ville qui m’a ensorcelé mais plutôt les personnes que j’y ai rencontrées et qui m’ont permis de me sentir «en casa». Bien que de nouveaux projets professionnels m’attendent de l’autre côté de l’Atlantique, je pense très sérieusement à revenir m’installer quelque temps à Barcelone d’ici un an, histoire de continuer à observer ces mutations socio - culturelle de la belle.