Sophie : Munich, au cœur d’une utopie réalisée

1.     Munich

Munich, traversée par l’Isar, son artère fluide qui attire comme un aimant tous les munichois dès que le soleil daigne pointer le bout de son rayon. L’Isar, où les surfeurs s’en donnent à cœur joie toute l’année et où, l’été, on peut se laisser porter par le courant quand on n’a pas peur de l’eau froide, pour des sensations fortes garanties. Dès les prémices du printemps capricieux, les munichois s’étendent en maillot de bain sur un bout de gazon. Pour nous, méditerranéens, c’est déroutant : maillot de bain rime avec bain… ici, non, c’est juste pour faire bronzette ; certes, les espaces de verdure ne manquent pas, à Munich : le Jardin Anglais, une véritable forêt au cœur de la ville, et beaucoup d’autres, tous uniques et somptueux. On peut malgré tout se baigner, on n’a pas besoin d’aller très loin, les lacs sont légion et les piscines publiques, couvertes et découvertes l’été, aussi ( je conseille en hiver la Müller’sches Volksbad et en été la Maria Einsiedel). Le vélo est un must pour habiter et se balader ici : il existe un réseau très dense de pistes cyclables, tout-à-fait extraordinaire pour nous les Français, même si les Munichois prétendent que la ville usurpe son titre autoproclamé de ville allemande n°1 ès-bicyclette. Mais tout ça ne fonctionnerait pas sans ordre ni discipline. Chacun, ici, respecte son territoire : les automobilistes, les bicyclistes et les piétons. Gare à vous si, piéton, vous vous attardez sur une piste cyclable ; vous serez bien vite rappelé à l’ordre par la sonnette outrée d’une bicyclette vous fonçant dessus. D’ailleurs, c’est comme ça qu’on reconnait les touristes : ils sont les seuls à bafouer ces règles.

S’asseoir à un café ne pose pas de problème métaphysique : on est bien  accueilli, on peut manger à n’importe quelle heure de la journée, et surtout ne pas manger à n’importe quelle heure de la journée - boire seulement un coup - sans que la serveuse vous regarde d’un œil mauvais. Sans parler des mythiques Biergarten, une expérience à ne pas manquer pour plonger dans l’âme festive de Munich.

Des petites choses toutes simples qui contribuent à un style de vie convivial.

2.     IMAL

L’IMAL est une expérience déroutante tant elle est unique. Il faut du temps pour comprendre ce microcosme plein de règles implicites, de structures sophistiquées et surtout plein de liberté. J’ai vu plus particulièrement le fonctionnement de la partie « arts visuels », qui se trouve dans un autre bâtiment et un autre quartier que celui des « arts du spectacle ». Mais c’était déjà beaucoup pour un séjour de 4 mois. Ici, difficile d’appréhender la dynamique du lieu : les participants (on ne les nomme pas étudiants ou élèves car l’IMAL se défend d’être une école) semblent très autonomes. Ils ont quelques règles de base à respecter : arriver le matin avant 9h15 ou prévenir de leur retard ou leur absence. Ils participent aux tâches du groupe, comme le ménage, cuisinent le déjeuner pour tous avec des produits bio et un budget collectif. Tout ça se passe dans une relative harmonie ponctuée de rares crises. Et ils font leur chemin, avec l’aide de ceux qu’on appelle en allemand « dozenten », pas profs… (toujours pour la même raison, voir parenthèse précédente). Tout le monde est sur un pied d’égalité, assez inédit pour nous Français, habitués à une hiérarchie assez stricte, que ce soit dans le domaine du travail ou le milieu scolaire. Il en résulte qu’à la fin de l’année, des liens authentiques se sont établis entre les jeunes et l’équipe, de vraies discussions, des échanges riches, et c’est très étonnant. Je n’ai pas réussi à comprendre si c’était unique à l’IMAL (je pense) ou si le système social allemand est beaucoup plus basé, de toute façon, sur le dialogue horizontal. En tous cas, ça semble vraiment fonctionner, puisque la plupart des participants, démarrant souvent avec des situations professionnelles, personnelles ou scolaires difficiles, trouvent leur chemin à la fin de l’année à l’IMAL. Et même reviennent régulièrement après leur sortie comme vers une matrice, une fois qu’ils ont intégré les écoles des Beaux-Arts par exemple. Il y a vraiment quelque chose d’indéfinissable qu’on met du temps à percevoir (encore plus quand on est Français et que certaines subtilités nous échappent à cause de la langue) qui émane de ce projet mais agit comme un aimant séduisant et attachant : on veut savoir comment ça va évoluer, la curiosité aiguisée par les remises en question permanentes de l’équipe pour améliorer le fonctionnement, les projets internationaux innombrables, les luttes pour le financement, etc.

 L’IMAL est un microcosme vivant, qui, en juillet, se décompose pour se recomposer en septembre avec la nouvelle fournée de participants. Ici, rien n’est statique.

3.     La team

C’est le nom donné aux réunions occasionnelles de toute l’équipe : l’administration et la direction, l’équipe pédagogique composée des assistantes sociales et l’équipe artistique composée des artistes dans tous les domaines visuels (dessin, sculpture, multimédia, installation, gravure, photographie). C’est là où est programmé l’emploi du temps, où les ateliers sont proposés, les projets artistiques où l’IMAL est invité sont présentés, où on discute de la logistique de l’exposition, des problèmes rencontrés et, bien sûr, de l’évolution et du devenir des participants…Un moment important dans la vie du stagiaire qui va enfin rencontrer – presque - tout le monde simultanément, les artistes n’intervenant à l’IMAL qu’à temps partiel.

Ce qui fait la richesse de la team, c’est sa diversité : chacun possède un angle de vision différent et personnel ; c’est vraiment intéressant d’entendre des points de vue parfois très divergents sur un même participant. Comme partout ailleurs à l’IMAL, il y règne une grande liberté d’expression. Pour le stagiaire, s’intégrer dans une équipe en mouvement préoccupée avant tout par un objectif commun – le devenir des participants -  constitue un défi majeur. Les mots clé sont patience et humilité. Jour après jour, en mettant comme tout le monde la main à la pâte (y compris pour les grands nettoyages du vendredi après-midi), on approche un peu chaque artiste ou assistante sociale…Avec des petites discussions, d’infimes services qu’on est fier de pouvoir rendre avec son allemand forcément défaillant. Chaque membre de l’équipe a une personnalité, une vie dans et en-dehors de l’IMAL, un parcours artistique éclectique. Au gré des conversations échangées pendant le déjeuner, quelques minutes de battement ou les vernissages, les liens se tissent progressivement. Au bout de 4 mois, ça y est …. on est intégré… et c’est déjà, hélas, l’heure de partir !

4.     Moi

Tout comme les liens tissés avec la team, la masse informe des participants du début se transforme au fil des jours en noms et prénoms, personnalités, intérêts et discussions plus ou moins longues. Je me suis jetée à l’eau rapidement en proposant un workshop de création de site internet. Pas évident en allemand, ma troisième langue, mais au moins la glace est brisée, je travaille avec les jeunes, une première pour moi, je découvre leur façon de fonctionner, de réfléchir, leurs limites et leurs potentiels, leur problématique personnelle etc. De bonnes conversations s’enclenchent. Je vois qu’il ne faut pas avoir peur de proposer, quitte à essuyer un échec ou un désintérêt, car ici, les jeunes sont libres de choisir leurs workshops, on ne les oblige à presque rien en matière artistique (sauf une séance de croquis de bon matin). Mais voyons le positif : on sait que s’ils sont là, c’est parce qu’ils le désirent vraiment !

Finalement, ce qui est déroutant, c’est l’immense liberté à laquelle on est confronté, et qui peut s’apparenter à du vide si l’on ne prend pas d’initiative. Alors, j’en prends…. Elles n’aboutissent pas toutes, mais j’ai pu ainsi organiser avec l’autre stagiaire la « scénographie » d’une mini-exposition sur la Marienplatz, ou participer à la création d’un catalogue pour l’exposition de fin d’année. J’ai proposé mes workshops de création de site internet à l’équipe, et cela reste un excellent souvenir pour moi. Nous avons travaillé efficacement dans une atmosphère ludique. Je me découvre des aptitudes pédagogiques insoupçonnées… Peut-être bien que cela va m’orienter pour mon avenir professionnel….

Je viens à peine de rentrer en France et je sais qu’il me faudra du temps pour digérer complètement mon expérience de stage. Mais ce que je pressens déjà, c’est qu’elle m’aura vraiment transformée, par cette sorte de magie qui opère sur tous ceux (participants comme intervenants) qui passent par l’IMAL un jour dans leur vie.