Sophie : Une saison à Nida en Lithuanie

Après une introduction à Vilnius, la Capitale de la Lituanie où j'ai passé un mois pour apprendre principalement l’Anglais à l’Académie d' Art de Vilnius. Je suis arrivée à Nida sur l’Isthme de Courlande. Un endroit paradisiaque conservé par l’UNESCO, classé parc national.

Au cours de mon premier mois, j'ai croisé un renard ; le serpent mythique lituanien ; partager le bain d'un élan ; une biche m'a laissé le droit de passage sur son chemin dans la forêt ; un écureuil qui grignotait dans un arbre une pomme de pin dont les résidus sont tombés sur ma tête ; et des araignées et me suis familiarisée avec les "mosquito" qui sont les indétrônables moustiques dont leurs piqures parsèment ma peau de leur passage. Je ne suis pas non plus sur une île déserte, et ce que j'ai principalement croisé c'est beaucoup, beaucoup de chaleur humaine qui m'aura réchauffée le cœur.

Je rencontre principalement des Européens, mais aussi des Américains. C'est la première fois que je pars pour plusieurs mois à la rencontre d'autrui et j'aime vous dire que c'est vraiment génial !

Oui même si je suis dans un endroit dit reculé, je rencontre beaucoup de gens. Pourquoi ? Parce que je suis reçue par la Nida Art Colonie qui est une annexe de l’Académie d'Art de Vilnius. Un centre où résidences d'artistes se conjuguent avec activités pédagogiques : workshop, séminaires Européens, réunion de différentes structures européennes. Une annexe jeune car elle a ouverte ses portes en 2011, très dynamique et productive. L'équipe est également très active, leur demandant énormément d'énergie. Un projet qui me semble être intéressant sur différents points et pour lesquels, j'ai choisi cette destination :

Premièrement, par ce que c'est un projet innovant. Effectivement avant de trouver cet endroit, je ne connaissais pas d’annexe d'Académie d' Art à plus de deux cent quatre vingt un kilomètres de son bâtiment principal. (Je connais l’Ecole d'Art de Blois où j'ai fait une formation au workshop. Cette école a un concept tout aussi original dont l'axe principal est d'inviter des artistes pour faire des projets artistiques d'envergure avec des enfants, mais elle est indexée comme une école.)

La Nida Art Colony est une annexe permettant aux étudiants d'être dans leur école mais de manière différente. Ils peuvent aussi rencontrer d'autres étudiants et professeurs tout comme aussi renforcer certains liens car tout simplement le cadre est différent. Ils ont la possibilité de rencontrer des personnes venant de pays voisins ou lointains, de partager beaucoup de temps ensemble.

Deuxièmement, les résidences d'artistes permettent aussi une émulation, une rencontre aussi avec les étudiants, qui peuvent par exemple leur poser des questions ou parfois participer à des workshops donnés par des artistes en résidence, ou des conférences sur leur travail. Il me semble que pour eux tout est bénéfique.

Troisièmement, le cadre est un endroit propice à toute cette énergie motrice. Il permet une promiscuité pas du tout négligeable. Et, je me plais à voir ce projet comme un centre de recherche dédié à l'art.

Je pense qu'il sera intéressant d'en voir l’évolution d'ici quelques années car c'est encore trop tôt pour avoir le recul nécessaire pour la critique et que les années à venir permettront sans doute de nouvelles expériences.

En tout cas, j'ai la sensation que c'est un "champ d'expérience" qui offre un large éventail de "possible". Notamment sur les ateliers, sur le temps et les processus de la création. J'ai la sensation que tout peut-être envisageable, pas de limites à part les contraintes déjà existantes qui pour moi n'est pas du tout hermétique, mais qui permet au contraire de se dépasser. Les contraintes en création me semblent être nécessaires.

Qu'est ce que je fais ici à part de croiser des gens et des animaux, je vis, travaille, tente de communiquer et me questionne. Autant dire que ce n'est pas de tout repos mais épanouissant sur un plan personnel.

C'est vrai que cette formation sera "tombée à pic" dans ma vie. Après avoir bourlingué ma carcasse, et vivoter de ce que je pouvais trouver. Il est vrai que je suis arrivée à un stade, où j'ai envie de trouver des compétences qui me tiennent intellectuellement éveillé et qui peuvent me faire travailler. Même si je sais que je les ai, il faut simplement que je m'affirme. Et c'est vrai que jusqu'à présent, j'étais tellement préoccupée à trouver du travail n'importe lequel qui soit pour "juste" pouvoir faire mes études, des projets artistiques et vivre, que j'en oubliai l’après. Résultat : même si je le savais, je me suis rendue compte que les études n'étaient que de passage et que la période du "travail" dans notre vie est plus longue et que par conséquent la logique veut que tu fasses des études pour pouvoir travailler après en autonomie ou pour une entreprise, donc Houston, j'ai un semi-problème !!!

Ce que je dis peut paraître complètement étrange. Je crois que pour moi et je suis convaincue de ne pas être la seule dans ce cas enfin j'espère, le schéma est tout simplement différent. Pour être plus courte, après maintes réflexions, je crois que je commence à avoir une idée plus concrète pour la suite. Juste, je tenais à trouver le travail qui me convienne parfaitement. J'ai des idées là-dessus. Je ne suis pas perdue bien au contraire car j'ai fait les études que je voulais, différents travaux alors maintenant il faut tout simplement préciser.

Excusez ce détour qui me semblait important...

Donc, je reprends : ici je documente principalement et, je réalise des documents de communications visuelles sur les événements et j'ai donné un workshop.

Les deux activités qui me motivent le plus sont : la documentation (réalisation de photos, vidéos, de chaque événement, et la création d'une archive depuis l'ouverture du site) et le workshop. Je me disais que la communication visuelle pouvait me plaire davantage mais finalement c'est ce que je préfère faire le moins, même si cela ne me dérange pas. Je parle en termes d'avenir.

La documentation m'intéresse car c'est un indicateur très important dans une structure comme celle-ci. Le fait de travailler dessus de l'enrichir me permet de dégager une atmosphère ambiante, de voir ce qui a été fait, de voir ce qui ce fait, de comprendre les recherches, les intérêts, mais aussi le calendrier. Je pense que c'est un outil très important et qu'il pourrait être un axe à développer à l'avenir. Il serait envisageable de travailler des visuels par exemple qui pourrait être publiquement montré (ce qui se fait déjà un peu). Cette documentation facilitera la publication d'autres livres sur les activités d'ici. Il pourrait être envisageable qu'une base de donnée soit créée pour enregistrer les différentes recherches préliminaires à un projet artistique, qu'un listing des conférences toutes les réunions, les différents sites internet soit établi et que via un réseau intranet, les étudiants, professeurs, artistes aient accès à ces informations et que se soit un outil à part entière, comme les livres choisi pour alimenter la bibliothèque.

Ce que je veux dire part là, je pense qu'une documentation aujourd'hui n'est pas que de réunifier les différents événements et que ce travail appartienne qu'au passé mais au contraire, on a les moyens d'envisager avec : un futur.

Le workshop " Winter garden " que j'ai donné au cours du projet "Contemporary Past", Programme Intensif Eramus a aussi été un grand moment pour moi. Même si j'ai fait des progrès sur l'anglais, je pense que se n'était pas suffisant pour un workshop de l'envergure que je voulais atteindre. Néanmoins, à l'heure d'aujourd'hui je l'accepte et en garde un très bon souvenir. Il consistait à effectuer des marches de nuit, répéter sur plusieurs jours.

La première, je l'avais défini autour de la frontière Lituanienne-Russe, elle consistait à la longer. Nous sommes très proches de la frontière et c'est vrai que cette zone me paraît intrigante. Sur le chemin qui permet de longer, nous pouvons nous apercevoir que c'est parsemé de constructions qui s’apparentent pour moi à "des sortes de monuments " appartenant à l'époque soviétique. Après cela nous avons une vaste zone à laquelle nous ne pouvons pas accéder avant de traverser la frontière. Nous avons longé la plage et ensuite traversé la forêt pour atteindre les dunes.

La seconde nuit, nous avons regardé un film et j'avais réalisé un document où l'on pouvait avoir des informations sur différents artistes travaillant sur le principe de la marche, de l'expédition. Et pour ceux qui l'ont souhaité, nous avons discuté aussi pour définir les différents travaux ainsi que les marches suivantes.

Certain ont réalisé des projets sonores, films, ou photographiques pour ceux qui ont aimé et d'autres ont détesté car pour eux le concept de la marche était trop facile.

Simplement, j'envisageais ce workshop comme un atelier où nous allions faire des expériences du paysage dans un contexte particulier ensemble après des journées de travail intenses. Avec, l'envie de laisser un espace très ouvert, dans lequel ils pouvaient définir par eux-mêmes un travail qui pouvait se rattacher à leur travail personnel. C'est là que j'ai rencontré une barrière de la langue que j'aurais dû plus anticiper, c'est vrai.

Ils me semblent que tout de même, les participants en ont gardé un bon souvenir car nombreux m'ont remercié et c'est vrai que j'ai beaucoup apprécié cette démarche.

Vous pouvez voir certaines photographies prisent au cours de ce projet à ce lien : http://www.contemporarypast.com/973308/tracking_a_postcard/about

Après tout cela, je crois que tout simplement ma conjugaison sera : artiste et documentation. Oui, j'ai fini par trouver et maintenant qu'en j'y pense, c'est une évidence.

Je dois dire que cette expérience n'est surtout pas à oublier. J’espère avoir d'autres opportunitées de faire d'autres collaborations dans d'autres cadres avec la Nida Art Colony.

J'invite toutes les personnes qui hésitent entre ici et ailleurs à ne plus hésiter, c'est ici

Je tiens à remercier particulièrement Rasa, Linas et Vytautas ainsi que Yulia la précédente interne pour l'accueil, ici. Ainsi que Guilia pour l'accompagnement qu'elle m'accorde et sa patience.